Plus d’une quarantaine de titres ont disparu en Algérie depuis les années 1990 : les hebdomadaires du parti unique emportés par l’ouverture de 1990, les journaux nés de cette ouverture puis broyés par la décennie noire et le tarissement de la publicité, et jusqu’à Liberté, fermé en 2022 après trente ans. Les télévisions privées, autorisées en 2012, n’ont pas été épargnées.
Cette page garde la trace de ces médias : dates, cause de la disparition, et ce qu’il en reste. Elle est complétée au fil des fermetures.
Titres historiques Avant l’ouverture de 1990
Alger Républicain
1938 – années 1990 (édition papier)Quotidien fondé en 1938, interdit sous la colonisation en 1955, relancé à l’indépendance puis suspendu en 1965. Ressuscité en 1989, il n’a pas survécu à la crise des années 1990 en version imprimée.
Algérie Actualité
1965 – années 1990Hebdomadaire public de référence des années 1970-80, tribune des grandes plumes de la presse francophone. Disparu au milieu des années 1990.
Révolution africaine
1963 – années 1990Hebdomadaire du FLN, voix officielle du parti unique. A cessé de paraître avec la fin du monopole de l’État sur la presse.
La presse des années 1990-2000 Nés de l’ouverture, morts de la crise
Ruptures
1993Hebdomadaire lancé par l’écrivain Tahar Djaout avec Abdelkrim Djaad et Arezki Metref. Djaout est assassiné le 26 mai 1993 ; le titre disparaît peu après.
La Nation
1993 – 1996Hebdomadaire indépendant de Salima Ghezali, étouffé par le retrait de la publicité publique et l’impossibilité d’imprimer.
Le Quotidien d’Algérie
années 1990Quotidien francophone de la décennie noire, cité parmi la quarantaine de titres disparus depuis les années 1990.
Le Matin
1991 – juillet 2004Quotidien de Mohamed Benchicou, suspendu en 2004 après l’emprisonnement de son directeur et une dette d’impression réclamée par l’imprimerie publique. Son esprit survit en ligne dans Le Matin d’Algérie.
La Tribune
1994 – 9 août 2017Quotidien francophone d’Alger. Le 9 août 2017, les actionnaires annoncent sans préavis à la rédaction l’arrêt immédiat du journal, papier et web, après des années de recul publicitaire et le décès d’un actionnaire principal.
Fermetures récentes 2019 – 2022
Liberté
1992 – 14 avril 2022Quotidien fondé en 1992, dissous par son actionnaire majoritaire Issad Rebrab (SAEC). Dernière une : « Merci et au revoir ». Sa fermeture après trente ans a marqué l’effondrement de la presse francophone.
Radio M et Maghreb Émergent (Interface Médias)
2013 – décembre 2022Webradio et site économique du groupe de Ihsane El Kadi, fermés après l’arrestation du journaliste en décembre 2022 et la dissolution de la société éditrice.
Télévisions disparues Fermées ou arrêtées depuis 2012
KBC
25 décembre 2013 – fin 2017Chaîne du groupe El Khabar. Fragilisée par l’annulation en justice, en 2016, du rachat du groupe par Cevital et par les poursuites contre ses dirigeants, elle ferme fin 2017 pour raisons financières.
Dzaïr TV / Dzaïr News
2013 / 18 mai 2014 – juin 2020Chaînes de l’homme d’affaires Ali Haddad (Dzaïr TV lancée en 2013, Dzaïr News le 18 mai 2014). Asphyxiées après l’incarcération de leur propriétaire en 2019, elles cessent d’émettre en juin 2020.
El Djazairia One
2012 – 23 août 2021Généraliste populaire, première audience du Ramadan 2019-2020 ; fermée « immédiatement et définitivement » par l’ARAV.
Al Adjwaa TV
fermée le 15 novembre 2022Fermeture immédiate et définitive prononcée par l’ARAV.
Echorouk + (ex-Benna TV)
19 mars 2015 – 31 décembre 2019Chaîne cuisine et famille du groupe Echorouk, lancée sous le nom Benna TV, rebaptisée Echorouk + en janvier 2019 puis arrêtée fin 2019. Le groupe ne conserve qu’Echorouk TV et Echorouk News.
Numidia News
2012 – 31 août 2020Lancée en 2012 par le journaliste Sami Riadh sous le nom Numidia News, rachetée en octobre 2015 par Mahieddine Tahkout et devenue généraliste. Signal coupé par Nilesat le 2 juin 2020 pour défaut de paiement, activité arrêtée le 31 août 2020 après la condamnation de son propriétaire.
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Questions fréquentes
Pourquoi tant de journaux francophones ont-ils disparu ?
Trois causes se cumulent : un lectorat francophone minoritaire (environ 10 % des lecteurs de quotidiens), la dépendance à la publicité publique distribuée par l’ANEP et retirée aux titres jugés hostiles, et les dettes d’impression envers les imprimeries publiques. Une douzaine de titres francophones ont fermé entre 2014 et 2017, avant Liberté en 2022.
Le Matin d’Algérie est-il le même journal que Le Matin ?
Non. Le Matin, quotidien imprimé, a cessé de paraître en juillet 2004. Le Matin d’Algérie est un site d’information lancé en 2017 par Mohamed Benchicou, qui se réclame de son héritage.
Qui peut fermer une chaîne de télévision en Algérie ?
L’Autorité de régulation de l’audiovisuel (ARAV, devenue ANIRA), qui a prononcé la fermeture d’El Djazairia One en 2021 et d’Al Adjwaa TV en 2022. D’autres chaînes se sont arrêtées d’elles-mêmes, faute de financement ou après la chute de leur propriétaire.
Certains titres disparus existent-ils encore en ligne ?
Oui : les archives de Liberté sont toujours consultables sur liberte-algerie.com, et Alger Républicain maintient une présence en ligne. Pour les titres des années 1990, il faut se tourner vers les bibliothèques et les archives de presse.
Un titre manque, une date est inexacte ? Signalez-le via la page contact. Voir aussi les journaux francophones toujours en activité et l’annuaire complet.